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ADA-RUATA Renata

Je suis née le 27 octobre 1948 dans un village du Piémont. J’arrive à Paris à l’âge de trois ans pour venir rejoindre mon père qui y travaille comme maçon.
À six ans, j’entre à l’École de la République. On me somme d’oublier l’italien et d’apprendre le français, ce que je fais avec application et une certaine douleur.
À onze ans, je suis acceptée au lycée, en ces lieux, rares sont alors les élèves issus des milieux populaires. Je me sens un peu perdue et habitée d’une immense envie d’apprendre.
Après mon baccalauréat, je commence rapidement à travailler. Cela est absolument nécessaire, mon père vient de mourir.
Je serai tour à tour, sténo-dactylo, secrétaire-standardiste, puis j’enseignerai dans l’enseignement technique. Je commencerai en 1972 des études littéraires à l’université, le soir, j’obtiendrai une maitrise et plus tard un DEA.
À partir de 1987 je vis pendant plusieurs années à l’étranger.
En 1985 naît mon premier enfant et paraît mon premier livre, « Elle voulait voir la mer… ».
Dès lors ma vie sera intimement liée à l’écriture, entre incertitudes et enthousiasmes.
De retour en France, depuis 1998 je me consacre essentiellement à l’élaboration de mes textes et à l’accouchement de ceux des autres.
Depuis plus de dix ans j’interviens dans des structures éducatives (collèges, lycées, université) pour échanger sur mon travail, mes livres et mener des ateliers d’écriture.

Thèmes

Mes textes publiés traitent essentiellement de la société contemporaine, de ses douleurs, de ses violences et des possibilités pour les individus qui y vivent de chercher tout de même à s’y accomplir. Mes personnages sont souvent des êtres qui cherchent une façon d’exister dans un monde qui leur fait violence.

Bibliographie

– 1985 Elle voulait voir la mer... , Ed. Maurice Nadeau (Prix populiste 1986)
– 1987 Les étoiles à nouveau, Ed. Maurice Nadeau
– 1991 Production collective CHHORAA (texte, musique, peinture)
– 1993 La Terre, L'Eau, Le Feu, L'Air, Les cahiers Interface
– 2002 Le silence dans la maison, Éditions Baleine/Seuil
– 2004 Filles de mai, 68 dans la mémoire des femmes, ouvrage collectif, préface de Michelle Perrot, Édition Le Bord de l’Eau (disponible)
– 2004 La voie de Tina, Syros Jeunesse (11-13 ans)
– 2005 nouvelle en diptyque « Certezza si, certezza no », Pensieri Spaesati, ouvrage collectif, Ocra di Banchette
– 2006 nouvelle en triptyque « 3 P S», Progetti Spaesati, ouvrage collectif, Ocra di Banchette
– choix de Poésies avec aquarelles, Righe di Segni
– 2007 nouvelle «Les minutes», Abolir, rapport de l’ECPM (Ensemble contre la peine de mort)
– pièce de théâtre en version bilingue, Itineranze/Itinérances, publiée puis mise en ligne par la Fondation Adriano Olivetti sur le site de l’auteure www.ada-ruata.com
– Présentation d’une installation de quatre troncs d’arbres à l’encre de Chine sur panneaux de papier japon (1,60 x 0,45 m) accompagnés de quinze tercets bilingue à la Fiera della Parola de Ivrea les 6, 7 et 8 juin.
– Présentation à France Culture de « Voir la mer », adaptation de mon roman Elle voulait voir la mer...
– 2008 Retour, nouvelle en livret, éditions D'un Noir Si Bleu (DSNB - Dijon)
– 2009 Ces tout petits riens du désastre, Renata Ada-Ruata, roman, éditions Yago
– 2012 Traduction en français de poésies de Giorgio Linguaglossa et Daniele Santoro pour la revue en ligne de Nathalie Riera, « Les carnets d’Eucharis ».
– Texte pour l’atelier de création radiophonique de France Culture, « Rien que la nuit», diffusion septembre 2012.
– Publication d’un poème dans l’anthologie poétique francophone de voix féminines
contemporaines, « pas d’ici, pas d’ailleurs », éditions Voix d’Encre
– Présentation de mon texte « Mazafra » (texte, musique, danse) pour Poétrie, Actes de Présence
– Participation à une création de musique contemporaine, « Forme uniche della continuità nella spazio – Unique forms of continuity in space », avec mon poème « Uno e tutto », Australie novembre 2012
– 2013 La Vie Géante, illustrations Louise Smith, nouvelle en livret, éditions D’Un Noir Si Bleu (DNSB)
– « Le rêve de pierre », premier prix du concours de récits « 17 boulevard Jourdan » de l’Alliance Internationale sur le thème « Le voyageur immobile »
– « À l’école de l’écrivain. Des mots partagés. », enregistrement de plusieurs séances pour France Culture de l’intervention au sein d’un collège de la périphérie de Reims,
– Publication en ligne de textes, dessins et peintures dans la revue en ligne « Les Temps d’Art »
– 2014 Laboratoire de traduction à partir de ma nouvelle « La vie géante » avec des élèves du Lycée A. Gramsci de Ivrea (Italie)
– Publication de ma nouvelle « Le rêve de pierre » dans Le voyageur immobile, anthologie, Ed Alliance Internationale, Paris
– 2014 Battista revenait au printemps, éditions de l’aube
– 2016 Participation au colloque « Le roman français contemporain et d’expression française : nouvelles formes, nouveaux rapports à l’Histoire », contribution aux Actes avec « Histoires nourricières »
– 2016 Résidence d’écriture au sein de l’Université de Rouen, rédaction d’un texte « Portrait d’un grand corps vivant » et animation d’ateliers d’écriture

Extrait de "Battista revenait au printemps", éditons de l’aube (roman sorti en poche 2017)

Jusqu’à cinq ans, c’est surtout grand-mère Ghitta qui s’est occupée de moi. La mère, elle avait beaucoup à faire avec les autres, la maison, les bêtes. Ta grand-mère t’emmenait avec elle dans le potager, elle te laissait jouer avec la terre, de petits bouts de bois que tu y enfonçais en l’imitant, elle te surveillait du coin de l’œil. Lorsque je
m’éloignais un peu trop, elle me criait de ne pas passer la barrière. Très tôt elle m’a appris le nom des herbes, des fleurs et des plantes, elle me les faisait répéter. Je les répétais, et répétais et répétais et je trouvais que les mots, les sons, c’était comme la musique des jours de fête. La mère lui disait d’arrêter ces histoires, qu’elle allait
me ramollir encore un peu plus avec tout ça. Grand-mère riait et disait, mais laisse donc, il apprend. La mère fronçait les sourcils et descendait son foulard sur le devant du front, ce geste d’elle, qu’elle fait toujours, comme aussi de se passer la paume de la main sur le bas du visage en baissant la tête. Les mains de la mère, de petites mains aux doigts semblables à des racines, des mains toujours en mouvement comme elle-même, des mains pour travailler, prier. Pour battre aussi, pas pour caresser. Grand-mère elle, elle caressait la terre entière. Elle passait ses doigts sur le bois des rampes, dans les petits pois écossés, dans mes cheveux, sur les napperons qu’elle venait de terminer, elle en suivait les contours en rosaces. Elle m’a appris à attraper les orties par en dessous, à chercher le fil du bois, à plonger les mains dans l’eau claire et à la porter à mon visage sans la laisser s’échapper. Elle me prenait sur ses genoux pour me consoler quand les autres m’avaient bousculé et que je pleurais sous leurs rires. Elle me racontait des histoires de géants où les petits gagnaient toujours parce qu’ils étaient plus vifs et plus intelligents, elle me murmurait que moi aussi je gagnerais. Elle me demandait d’apprendre à ne pas pleurer devant les autres, que tout seul je pouvais, que même ça faisait du bien à l’âme de pleurer, que les larmes c’étaient des dons à Dieu mais que les hommes, eux, ne voulaient pas trop avoir à faire avec Dieu, du moins ils ne voulaient pas le montrer. Elle disait aussi que ce n’était pas facile d’être un homme, qu’il fallait apprendre. Elle ajoutait, tu apprendras.

Un jour, je venais d’avoir dix ans, je l’ai entendue dire à son fils, le plus jeune, celui dont elle ne parlait plus jamais - Mon fils, il ne suffit pas d’avoir quelque chose entre les jambes pour être un homme. Avec Grand-mère, je jouais au grand jeu du monde. Les yeux fermés, elle me faisait toucher les choses et elle me demandait de lui dire ce que c’était, de quelle matière elles étaient faites, si elles étaient douces ou râpeuses, souples ou rigides. Avec les sonorités de sa langue, elle m’enseignait les choses et les mots. Elle me faisait écouter les bruits, reconnaître le chant des oiseaux, le froissement du vent dans les arbres, le rythme des pas, le son des cloches… Elle me faisait sentir les herbes du jardin, le parfum des plantes aromatiques, des fleurs, des feuilles, de la terre après la pluie… Elle me faisait goûter les baies et les fruits, croquer les légumes et elle riait de bon cœur lorsque je crachais de dégoût. Elle répétait, tu apprendras, tu apprendras. Elle me faisait marcher auprès d’elle et pointait du doigt la courbe d’un tronc, la couleur du ciel avant l’orage, la transparence des eaux, la nervure des pierres… Personne ne m’a appris comme Grand-mère. Elle m’a ouvert le grand livre de la nature. Celui des hommes, avec ses petitesses et ses grandeurs, tu ne l’as vraiment connu que plus tard, loin d’elle.
publié le 21 novembre 2017 mis à jour le 22 novembre 2017
http://www.ac-rouen.fr/actions-educatives/action-culturelle/lecture-ecriture/ada-ruata-renata-177308.kjsp?RH=LEC-ECRIT